Roger Brèthes, le parcours d’un surdoué

Enfant à Saint-Sever, Roger Brèthes fréquente l’école communale avec un certain Michel Crauste. Le dimanche, il joue au football aux Cadets de Gascogne où il manifeste de réelles qualités. Mais lorsque le club met la clef sous la porte, toute l’équipe se tourne vers le rugby au sein du Sport Athlétique Saint-Séverin, le SASS.
Dès son premier match en juniors contre les verts de Peyrehorade, il va faire étalage de ses qualités de buteur. En totale opposition avec les plus grands spécialistes de l’époque, il pose le ballon verticalement sur un tas de terre et le frappe à la manière des footballeurs après une petite course d’élan en arc de cercle, une technique qui ne se généralisera que des décennies plus tard.

Son premier match en première, ce sera encore contre Peyrehorade. Ce jour-là, la première des Noirs et Blancs doit se rendre à Orthez pour rencontrer les riverains des Gaves réunis, pour le compte de la Coupe Roxas. Mais Roger Brèthes, qui n’est âgé que de 18 ans, a été privé de rugby par ses parents. Alors que le bus des joueurs, garé sous ses fenêtres, s’apprête à démarrer, il s’échappe de la maison et rejoint ses coéquipiers. Quelques heures plus tard, avec trois pénalités et un drop réussis, il participe pour beaucoup à la victoire. Mais à son retour à la maison, après les chants, ce sera une autre « chanson » pour le héros de l’après-midi.

À partir de la saison 1954-1955, Roger Brèthes va être le numéro 15 et buteur attitré du SASS pour une quinzaine d’années. En 1956, il va accomplir son service militaire et partir pour l’Algérie. Au printemps de 1957, il obtient une permission de quinze jours qu’il vient passer à Saint-Sever. Lors de son séjour, il est promu titulaire pour affronter le CASG de Paris, à Poitiers, pour la montée en Nationale 1. Sans entraînement, Roger Brèthes va sauver son équipe. Au cours des prolongations, alors que le sore est toujours de parité, il s’adresse à ses avants :
« – Camouflez-moi ! Et je vous mets 3 points ! »
Quelques instants plus tard, sur un renvoi parisien aux 22 mètres, les « gros » forment un écran et Brèthes claque le drop envoyant du même coup les Noirs et Blancs au paradis !
La semaine suivante, c’est Brive en demi-finale, mais Brèthes doit prendre le bateau pour l’Algérie, le samedi. Alors, un dirigeant décide de lui payer l’avion qui l’emmènera, le lundi, de l’autre côté de la Méditerranée. Le match a lieu à Marmande contre le CA Brive conduit par Amédée Domenech qui va passer son après-midi à « arbitrer » comme lors du tournant du match qui va priver le SASS de la victoire. Sur un très long coup de pied de Brèthes, le ballon arrive dans l’en-but Briviste. L’ailier chalossais Jo Laboursan distance son adversaire direct et aplatit sans s’arrêter. Deux secondes plus tard, le Briviste se jette sur le ballon… L’arbitre officiel n’accorde pas l’essai !!! Et le SASS sera privé de finale, mais remportera quand même le Challenge de l’Espérance.

Au début de l’été, Roger Brèthes revient en permission « agricole ». Il ne repartira pas en Algérie, mais finira son temps au Bataillon de Joinville.
À partir de la saison suivante, s’appuyant sur des avants vaillants et des trois-quarts, défenseurs redoutables, et un buteur – Roger Brèthes- capable de marquer des points sans trop s’approcher de la ligne adverse, le SASS va batailler ferme pendant une dizaine d’années pour se maintenir dans l’élite. Beaucoup de clubs prestigieux repartiront défaits du stade des bords de l’Adour. Cette première année de nationale va être particulièrement difficile pour les Noirs et Blancs ; lors d’un match pour le maintien, contre Tulle, Roger Brèthes va convertir en but deux pénalités des 58 mètres, en coin, un véritable exploit réalisé devant Marcel Laurent, l’un des sélectionneurs du XV de France, présent dans les tribunes. Mais le 11 novembre de cette année 1958, alors qu’il devait être convoqué pour le match de sélection France A – France B se déroulant à Dax, René Crabos, le Saint-Séverin, alors président de la FFR, lui enjoint d’aller jouer, avec le SASS, un match de championnat en retard, à Chambéry. Malheur ! Roger Brèthes subit une double fracture de la jambe, en Savoie et… Goar, l’arrière du PUC, qui avait été appelé pour le remplacer dans la cité thermale, est lui aussi victime d’une double fracture de la jambe !
À la fin de la saison 1959-1960, Roger Brèthes est retenu pour la tournée en Argentine. Il va y honorer son unique sélection, contre les Pumas, le 6 août, à Buenos Aires. Dans cette équipe, figure, entre autres, Domenech, mais aussi son « grand copain » Guy Boniface, auteur des 2 essais du match et Pepe Dizabo, le Tyrossais, auteur, lui, d’un drop. Quant à Brèthes, il participe au sore avec un but de pénalité pour une victoire à connotation landaise (12-3). « Ce fut un bon moment ! » Dixit Brèthes, lui-même.

Par la suite, il va continuer à s’illustrer avec son club, enquillant toujours plus pour éviter la descente et il connaîtra même une certaine embellie, en 1964, lors de l’unique qualification de son histoire pour le SASS, en seizième de finale, perdu (6-17) contre l’AS Béziers qui devait aller jusqu’au bout de la compétition.
En 1968, bien qu’il ne soit âgé que de 32 ans, Roger Brèthes remise les crampons pour se consacrer pleinement à son travail.

Son meilleur souvenir :
La montée en Nationale avec son « petit » club de Saint-Sever.
Son plus grand regret :
C’est de ne pas avoir participé au match opposant, à Colombes, les minimes du SASS à ceux du Stade Montois, en lever de rideau du match du Tournoi des V Nations, France-Angleterre, le 7 avril 1952.

Jean Paul Farbos..

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